La Spire de Phusis
Monument de mémoire et machine cosmique
André, Paul, Rasa, Simon, Youngho

Dans le désert infini, là où l’eau s’est retirée et où les vents sculptent l’horizon de cendres et de sel, s’élève un cylindre colossal : la Spire de Phusis. Cinq cents mètres de hauteur, cent de diamètre, elle apparaît comme une masse verticale pure, un monolithe de pierre grise et lisse, dépourvu de tout ornement, dressé comme un signal à l’échelle cosmique. Elle fut bâtie par les derniers hommes, convaincus que leur extinction était imminente, afin que puisse demeurer une trace .
Un temple de mémoire offert à tout être, humain ou non, qui franchissait un jour son seuil. Mais pénétrer dans ce monument ne se réduit pas à franchir une porte. L’accès lui-même est un rite.

Sur la façade polie de la Spire se devine un encadrement fictif, semblable à une porte mais qui n’en est pas une. Au-dessus, une inscription à demi effacée par le sable proclame : « Cherche le cercle où l’ombre ne ment pas. Là s’ouvre la voie. » L’entrée véritable se trouve à 10 mètres de la Spire, dans l’ombre d’un ancien point d’eau tari du Namib. Le désert l’a lentement recouvert de sable, de sel et de croûtes minérales, mais les bâtisseurs ont laissé des signes : un cercle de pierres dont les ombres, aux équinoxes, pointent vers le centre, un sol plus blanchâtre et craquelé que le reste, et des coquillages fossilisés, éclats d’un océan disparu. C’est là que se révèle le Gnomon, cristal de verre translucide, taillé comme un diamant et enchâssé dans une pierre. Une fois récupéré, le Gnomon doit être inséré dans une fente dissimulée; afin de faire apparaître des hiéroglyphes gravés sous la surface. Aussitôt, le cristal s’illumine d’une clarté diffuse et projette une lueur qui retrace les motifs et révèle l’accès caché. Alors s’ouvre un escalier souterrain taillé dans la roche, qui grâce à un tunnel, mène au cœur du monument. Ainsi, trouver l’entrée est déjà une épreuve : un geste de patience et d’attention, preuve que celui qui s’avance est digne d’entrer.
Au-delà des portes, le Palais paraît vide, saturé d’une lumière brûlante qui glisse sur les parois minérales. En son centre s’élève une vaste plateforme circulaire, immobile, et à ses côtés un levier brut, sans ornement. Mais rien ne peut être accompli sans le Gnomon. Porté dans la tour, il devient une clé vivante. En l’insérant dans de petites percées invisibles des murs, qu’il faut découvrir dans l’obscurité, il diffuse une lumière douce qui révèle des signes cachés et active les mécanismes. Alors seulement, le levier peut être tiré, et la plateforme commence à s’élever lentement dans la masse du cylindre. À mesure qu’elle monte, les parois s’ouvrent et se dévoilent. Le premier niveau déploie la tragédie humaine : avidité, pollution, guerres, chute. Des frises monumentales racontent en séquences verticales l’histoire des hommes, tandis que des échos de voix fragmentées résonnent comme les murmures d’un monde éteint. Plus haut commence l’ascension vers l’univers. Les premiers étages montrent des mers anciennes, des galaxies paisibles, des spirales d’étoiles. Puis l’ordre se dérègle : comètes disloquées, vents stellaires, effondrements solaires. Au derniers niveaux, le cosmos se déchaîne : trous noirs, collisions titanesques, forces destructrices sans mesure. Plus la plateforme s’élève, plus le Gnomon devient indispensable.
Pourtant, la Spire n’est pas un piège. Une fois l’ascension achevée, le Gnomon doit être replacé dans un logement secret, dissimulé dans les parois du sommet. À la lumière rasante du soir, le cristal s’embrase : signe qu’il a trouvé sa place. En l’y insérant, le mécanisme s’active et la plateforme descend lentement vers la terre. On peut donc ressortir de la tour, mais seulement après ce geste ultime : rendre le Gnomon, afin que la mémoire reste dans la Spire et que le voyageur reparte transformé par ce qu’il a contemplé.
Dans sa couronne supérieure, des turbines verticales captent le souffle du vent, convertissant son énergie en mouvement pour la montée des plateformes, l’ouverture des hublots et les projections lumineuses. La pierre, la lumière, la machine et le récit se fondent ici en un seul corps. La Spire de Phusis n’est pas seulement une architecture : elle est une machine conçue pour préserver le savoir des hommes, alerter sur les conséquences de leur avidité et rappeler à toute entité future que la mémoire de la Terre est fragile et qu’elle exige vigilance, respect et soin.

Story board rituel

I. La fausse porte
– La façade lisse de la Spire.
– Une « porte » fictive, polie par le vent, encadrée mais condamnée.

– Gravée au-dessus : l’énigme effacée par le sable :
« Cherche le cercle où l’ombre ne ment pas. Là s’ouvre la voie. »

II. Le désert et l’ancien point d’eau
– Le paysage infini, aride.
– Une dépression sans intérêt apparent, vestige d’une nappe disparue.
– Le contraste entre la tour lointaine et ce lieu oublié.


III. Découverte du Gnomon
– Gnomon.
– Cristal de verre translucide.
– Taillé comme un diamant.

IV. La révélation du chemin
– Insertion du Gnomon dans une fente dissimulée.
– Le cristal s’illumine.
– Découverte de l’escalier sous-terrain.

V. L’ouverture du passage
– Sable qui s’écarte, roche qui affleure.
Un souffle d’air ou une obscurité attirante vers le bas.

VI. La descente rituelle
– Un escalier souterrain taillé dans la roche brute.
– Lumière qui s’amenuise.
– Sentiment d’entrer dans le cœur du monument,
d’accomplir le rite.
– Tunnel étroit sculpté dans la pierre, sombre,
chemins menant à la tour.

VII. Entrée dans la Spire
– Se tenir sur la plateforme élévatrice
– Ouverture progressive de l’espace
– Découverte des bas-reliefs sur les parois intérieures

VIII. Rencontre avec les bas-reliefs
– Découvrir les détails
– Observer les bas-reliefs suivants grâce au changement de hauteur de la plateforme
Experimentations plastiques

Spire en faïence
Impression céramique

CNC

Impression 3D & CNC

Topographique du site fait au plotter